Institut Belge des Arts et Techniques du Décor de Cinéma

Là où naissent les mondes : manifeste pour une école du décor de cinéma. 


Il est un lieu qui manque en Belgique — un lieu qui, pourtant, pourrait être le cœur battant de tout un pan du cinéma : celui des mondes qu’on ne voit pas encore, des espaces que l’on devine avant même qu’un personnage n’entre dans le champ. Ce lieu, c’est une école. Pas une école comme les autres, mais une fabrique des formes, une école du décor, du faire, du volume, de l’atmosphère. Une école pour apprendre à construire l’invisible.

Le cinéma belge est riche, dense, en plein essor. Les tournages s’y multiplient, les talents y foisonnent. Mais les décors ? Ils se fabriquent dans l’ombre, portés par des femmes et des hommes de l’art souvent formés ailleurs, ou pas du tout. Il n’existe aujourd’hui aucune formation complète pour ces artisans du réel et de la fiction, pour ces sculpteurs d’ambiances que sont les chefs décorateurs, les accessoiristes, les constructeu(ses)rs, les peintres, ensemblie(è)r(e)s, assis- tant(e)s, ... . Il est temps d’y remédier.

L’IBATDC — Institut Belge des Arts et Techniques du Décor Cinématographique — naît de cette absence et y répond avec audace. Ce n’est pas simplement une école de métiers. C’est un lieu de transmission, d’invention, de résistance. On y apprendra à dessiner, à peindre, à scier, à souder. À raconter une époque par la texture d’un mur. À traduire un hors-champ par la disposition d’une chaise, et aussi à gérer un budget et travailler en équipe. À imaginer un futur en carton recyclé. Car ici, l’écologie n’est pas un supplément d’âme : elle est le socle. Dans un secteur connu pour sa surproduction et ses déchets massifs, le décor devient un terrain d’expérimentation pour des pratiques durables, réversibles, réutilisables. Une esthétique du faire autrement.

On y croisera des outils numériques et des clous rouillés, des logiciels de modélisation 3D et des pinceaux trempés dans la patine. L’IBATDC sera à la fois ancrée dans la matière et ouverte sur le monde : en dialogue constant avec les autres écoles de cinéma, en lien avec les artisans du terrain, en connexion avec les studios, les festivals, les éco-réseaux belges et européens. Ce sera un lieu poreux, généreux, traversé par les idées, les matériaux, les voix. On y parlera français, néerlandais, anglais. On y construira des décors, mais aussi des parcours, des gestes, des responsabilités.

Le projet se veut souple dans sa forme — école hors-les-murs, mutualisation d’ateliers, friches temporaires ou modules mobiles — mais exigeant dans son fond. Ce n’est pas l’enveloppe qui compte, mais ce qu’on y fabrique : une pensée, une attention, un soin porté aux formes et à leur impact. Car former aux métiers du décor aujourd’hui, c’est bien plus que transmettre un savoir-faire : c’est proposer une vision du monde, de l’art et du travail.

Alors, qu’elle s’installe à Bruxelles ou ailleurs, qu’elle commence petite ou s’ouvre dès demain à l’Europe entière, cette école est déjà là. Elle existe dans l’élan de celles et ceux qui l’imaginent, dans le vide qu’elle comble, dans la nécessité qu’elle incarne. Une école du décor, oui — mais surtout, une école du regard. Une école où l’on apprendra à faire tenir une histoire dans la lumière d’une pièce vide.

info : info@ibatdc.be


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